un point de vue personnel / explication de ma démarche

Je considère les photos de Simenon autrement qu’en fonction de la réputation, de l'impact médiatique. Dès la découverte de cet univers - et confirmé tout au long de la rédaction - il m'est apparu que le texte et la photo nous emmènent dans des voyages intérieurs où dans n’importe quel pays, dans n’importe quelle région, dans la banalité et l’usure du quotidien, s’éveille une vision qui nous émeut, nous enchante qui nous font sentir ces choses entre ciel et terre, dont notre sagesse scolaire n'ose pas rêver. (William Shakespeare, Hamlet)

 

Simenon n'était pas un photographe professionnel. Il a été sans doute assisté dans ses clichés par son épouse Régine qui était peintre. Il ne montre pas le beau côté des choses. Sa démarche est plus sociale qu’esthétique, son sujet est l’être "réel et brut", dans la banalité, dans le hasard de la rencontre. Avec un sens inné de l'image précise et concrète, origine de son art. Ambiance de l'enfance, de souvenirs intimes.

 

Toujours est-il que quand je me couche pour la sieste ou pour la nuit, je m'efforce de ne penser à rien, de me vider de tous mes soucis et de toutes mes pensées et alors, paupières closes, j'assiste en quelque sorte à ce que j'appelle à part moi mon petit cinéma.

 

Des couleurs en désordre, pour commencer, des couleurs en mouvement qui soudain, sans que j'y sois pour rien, forment une image précise enregistrée à mon insu il y a bien longtemps. C'est une rue grouillante, comme la rue Puits-en-Sock, à Liège, qui s'efface déjà, trop tôt à mon gré, pour faire place à un autre tableau inattendu : un quai de port désert, une bitte d'amarrage avec une aussière enroulée en son milieu, des bateaux figés dans le brouillard ou la nuit naissante.

 

Les cinq sens. Écrit à l’occasion d’un article dans GÉO -N° 69 nov. 1984

Le monde de G. Simenon photographié par Wilfried BAUER.